Close-up view of an illuminated vintage light bulb with glowing filament against a dark background.

DPE : ce qui change pour les logements chauffés à l’électricité

Annonce de la réforme du DPE par le gouvernement

Le gouvernement français a récemment annoncé une modification significative du calcul du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE). Cette réforme, prévue pour entrer en vigueur le 1er janvier 2026, vise à rendre le DPE plus favorable aux systèmes de chauffage électriques. Un arrêté officiel est attendu en septembre 2025, suivi d’une consultation publique imminente, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère pour l’évaluation énergétique des logements.

Impact attendu sur les logements énergivores

Selon le ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique (Matignon), cette révision du DPE devrait permettre à environ 850 000 logements de sortir de la catégorie des passoires énergétiques. Actuellement, sur les 5,8 millions de logements classés F ou G, ces habitations seront reclassées grâce à une meilleure évaluation de leur consommation énergétique liée au chauffage électrique.

Détail des modifications du calcul du DPE

La principale modification concerne le coefficient de conversion de l’électricité utilisé pour calculer l’énergie réellement consommée. Actuellement fixé à 2,3, ce coefficient sera abaissé à 1,9. Cette révision vise à mieux refléter le mix énergétique français, qui bénéficie d’une part importante d’énergie nucléaire décarbonée. En ajustant ce coefficient, le DPE prendra davantage en compte la réalité énergétique du pays, offrant ainsi une évaluation plus équitable des logements chauffés à l’électricité.

Avantages revendiqués par Matignon

Matignon souligne que ce changement corrigera une inégalité dans le traitement des différentes sources d’énergie. Jusqu’à présent, les logements chauffés à l’électricité étaient pénalisés par rapport à ceux utilisant le gaz naturel, dont le coefficient de conversion est plus avantageux. Cette évolution permettra également de mieux cibler les aides à la rénovation énergétique, en orientant les ressources vers les logements encore dépendants des énergies fossiles.

Opinions des experts et des professionnels

Nicolas Goldberg et son analyse

Nicolas Goldberg, expert en énergie pour Colombus Consulting, estime que la réforme vise à rectifier les déséquilibres actuels du DPE qui favorisent excessivement l’électricité, notamment dans les petites surfaces. Il explique que certains logements de moins de 40 m² pourraient ainsi éviter d’être classés comme passoires thermiques simplement parce qu’ils sont chauffés à l’électricité, alors qu’ils auraient un meilleur classement s’ils utilisaient le gaz.

Cependant, Goldberg met en garde contre une possible découragement des rénovations thermiques dans ces petits logements. En effet, les factures énergétiques peuvent devenir complexes pour les locataires, ce qui pourrait freiner les initiatives de rénovation.

Soutiens de Brice Lalonde et de la FNAIM

Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement et actuel président d’équilibre des énergies, ainsi que la Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM) représentée par son président Loc Cantin, saluent cette réforme. Ils la considèrent comme une mesure de justice énergétique et de cohérence écologique, corrigeant une distorsion technique qui ne tenait pas compte du mix électrique français peu émetteur de gaz à effet de serre.

Opposition de la Confédération et ses arguments

En revanche, la Confédération s’oppose fermement à cette réforme, la qualifiant de baisse arbitraire qui perturbe profondément les équilibres des politiques de rénovation énergétique. Selon elle, cette décision pourrait engendrer plusieurs conséquences négatives :

  • Valorisation automatique des logements chauffés à l’électricité sans travaux de rénovation.
  • Reclassification de 850 000 logements en tant que non-passoires thermiques sans amélioration réelle de leur performance énergétique.
  • Encouragement d’une électrification massive des systèmes de chauffage au détriment d’autres solutions techniques adaptées.
  • Rénovations minimales sans prise en compte de la performance réelle des équipements.
  • Confusion pour les ménages concernant la relation entre le DPE et leurs factures énergétiques.
  • Impact négatif sur les propriétaires bailleurs, réduisant la pression pour effectuer des rénovations nécessaires.
  • Pénalisation des artisans engagés dans des solutions techniques variées, freinant l’activité du secteur du bâtiment.

Conséquences potentielles de la réforme

Valorisation automatique des logements électriques

La modification du coefficient de conversion pourrait entraîner une valorisation systématique des logements chauffés à l’électricité. Ces derniers bénéficieraient d’un meilleur classement énergétique sans avoir effectué de travaux de rénovation, ce qui pourrait diluer l’efficacité du DPE en tant qu’outil de promotion de la performance énergétique.

Sortie artificielle du statut de passoire thermique

Environ 850 000 logements actuellement classés comme passoires thermiques pourraient être reclassés grâce à cet ajustement technique. Cette sortie artificielle de la catégorie sans amélioration réelle de l’isolation ou des systèmes de chauffage remet en question la fiabilité du DPE et son rôle dans la lutte contre la précarité énergétique.

Risque d’électrification massive des systèmes de chauffage

La réforme pourrait inciter les propriétaires à privilégier l’électrification des systèmes de chauffage, au détriment de solutions plus efficaces et écologiques telles que les pompes à chaleur hybrides ou les chaudières fonctionnant au biogaz ou au biofioul. Cette orientation pourrait limiter la diversité des options techniques disponibles et freiner l’innovation dans le secteur des énergies renouvelables.

Impact sur les rénovations et la performance énergétique

En facilitant le reclassement des logements sans travaux, la réforme risque de diminuer les incitations à améliorer réellement la performance énergétique des habitations. Cela pourrait compromettre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de transition vers des logements plus durables.

Confusion pour les ménages et propriétaires

La baisse du Coefficient de Performance Énergétique (CEP) sans impact direct sur les factures énergétiques pourrait semer la confusion parmi les ménages. Les propriétaires et locataires pourraient ne pas comprendre les changements apportés au DPE, remettant en question la transparence et l’efficacité de cet outil d’information énergétique.

Effet sur les artisans et le secteur du bâtiment

Selon la CAPEB, cette réforme pénalise les artisans engagés dans la mise en œuvre de solutions techniques diversifiées et adaptées aux besoins spécifiques des bâtiments. En sortant artificiellement un nombre important de logements de la catégorie des passoires thermiques, la demande pour des interventions de rénovation pourrait chuter, impactant négativement l’activité des entreprises du bâtiment.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *